Caprice

Le soleil reposait là-haut sur la montagne,
Heureux d’y être à l’aise et de ne plus bouger.
Il était bien ainsi, assis sur un léger
Nuage rondouillet. Tout en bas la campagne

Grésillait sous ses rais un peu tonitruants.
Quelle idée s’en vint lors lui déranger la tête ?
Une idée de voyou, une idée malhonnête
Envahit son esprit, et comme un vrai truant

Sans parole ni foi, oubliant ses principes,
Il pensa qu’il pourrait toujours demeurer là.
Bourlinguer dans le ciel ? Il en était fort las.
Il ne bougea donc plus, comme un gnard s’émancipe

Du joug de ses parents, contre toute raison.
Au soir du premier jour, les gens s’en étonnèrent ;
Et puis la peur s’en vint, et tous se récrièrent
Contre l’astre incivil aux si piètres façons.

Il s’en fichait pas mal, resta sur son nuage
Jusqu’à ce qu’il ait chaud, bien trop chaud à son gré,
Et bouillonne en son jus, ses millions de degrés.
Au bout de quatre jours il rêvait de la plage,

De la mer tout en bas… Oh, se plonger dans l’eau !
Alors, n’en pouvant plus, il quitta la montagne
Et s’en fut s’immerger au pays de Cocagne,
Une plage isolée posée sur un îlot.

Les gens débarrassés de son omniprésence
En furent fous de joie. Son éclat trop pesant
Les anéantissait. Le jour s’éternisant
Refit place à la nuit dans toute la Provence,

Et le soleil reprit son trajet éternel.
Le temps reprit son cours, et la raison aussi.
Le soleil oublia s’être un beau jour assis
Sur une grosse nue somnolant dans le ciel.

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits « classiques », pratiquement tous voués à la Provence.

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