Archive de l'auteur

C’est le temps des oiseaux qui clament à tue-tête
Que ce maudit hiver est enfin aux abois.
Ils s’égosillent tous par les vaux et les bois
A chanter la douceur du beau temps qui s’entête
A s’arrimer enfin en terre de Provence.
Au creux des sentiers noirs tout tachetés de blanc,
Et de rose, et de vert, c’est enfin le printemps
Rattrapant son retard avec exubérance.
Les infimes chanteurs n’osent pas trop y croire !
Ce fut tellement dur au mois de février :
Parsemée d’oisillons tout recroquevillés,
La garrigue glacée n’était plus qu’un mouroir
Et nul n’aurait pu dir(e) qu’une semaine après
Le printemps serait là, fou et carillonnant !
Trillez donc, les petits, car c’est un vrai beau temps
Vibrionnant de vie qui vient de s’installer.
Et ça chante, et ça piaille et, dès potron-minet,
Ca s’égosille tant qu’on a le coeur joyeux !
Battant bien la mesure, un soleil plantureux
Galvanise le choeur des boules emplumées.
Pas de commentaire »

Chez nous, quand le vent souffle et secoue le Midi,
Il bleuit tant le ciel que c’en est incroyable.
Mais il peut par moments être si redoutable
Qu’on en est effrayés : on se sent tout petits
Quand ses coups de boutoir ébranlent la Provence
En pliant les cyprès, les courbant jusqu’au sol ;
Puis il se calme un peu, met un soudain bémol…
Et repart de plus belle en folie et en transes.
Même dans la maison on en est étourdi
Tant le bruit est énorme. Il gronde, il gueule, il pleure
En secouant les murs ; se rue à l’intérieur
Dès qu’on entr’ouvre un peu un volet ou un huis.
C’est un dément furieux, et nulle part ailleurs
Il n’est de vent plus fou que ce maudit mistral
Qui ne sait que hurler tout en menant le bal
Car il est le plus fort ; c’est en dévastateur
Qu’il se rue par chez nous quand il fait froid là-haut.
Tout bouge sous sa poigne implacable et glacée,
Plus rien n’est immobile, et les grands pins ployés
Se penchent vers le sol comme des arbrisseaux. .
Pas de commentaire »

Depuis une semaine elle était épuisée ;
Elle n’en pouvait plus de son corps ravagé
Quand après une sieste, ayant ouvert les yeux,
Elle se retrouva en un étrange lieu :
C’était un corridor tout lambrissé de gris
Filant à l’infini, dont Ariane comprit
Qu’il lui faudrait le suivre en dépit de sa peur…
C’est ce qu’elle faisait depuis de longues heures
Sans savoir ni saisir où cela la menait,
Quand elle eut l’impression que son pas s’allégeait,
Qu’elle se sentait mieux qu’au début du chemin :
Son dos se redressait, et la peau de ses mains
Recouvrait peu à peu sa blancheur juvénile.
Son vieux corps oubliait ce long hiver sénile
Où il se morfondait depuis bien trop longtemps ;
L’air qu’elle respirait avait goût de printemps…
Elle allait d’un bon pas, vigoureuse et accorte,
Quand elle entr’aperçut enfin une grand’porte
Tout au fond du couloir : auréolée d’argent,
Peinte comme un nuage et d’un blanc éclatant.
Quand elle la poussa, elle fut aveuglée
Pendant un court instant. Puis ses yeux désillés
Entrevirent plus loin un merveilleux jardin
Et une allée fleurie où s’avançaient les Siens,
Ces gens partis trop tôt qui venaient la chercher,
Avec ses douze chiens, ses six chats, son furet
Qui lui faisaient la fête et dansaient autour d’elle…
Bonheur à l’état pur et joie à tire d’aile !
Ses Invisibles, là, enfin réincarnés
Dans cet Ailleurs parfait dont elle avait rêvé !
Elle comprit alors qu’elle était vraiment morte
Et poussant un soupir, referma bien la Porte…
Pas de commentaire »
Publié par Vette dans Automne

Sonnet illustré par un tableau de :
Celine Litke
www.touchofart.eu
Un friselis de vent ébouriffe les fleurs,
Des chrysanthèmes fous déjà échevelés.
Ca sent bon la fumée. La brise écervelée
Froufroute doucement en répandant l’odeur
Sure et décomposée des feuilles qui se meurent.
Novembre qui s’en vient n’ose pas dévoiler
L’hiver en sentinelle au sein de la fûtaie,
Ne livrant de son jeu qu’une extrême douceur.
L’automne est tendre et clair et déjà un peu roux ;
Le mistral se fait brise, oubliant qu’il est fou
Pour quelques jours encor. La Provence apaisée
Se laisse enfin aller après l’été dément
Qui l’a carbonisée, la laissant dévastée.
Un nuage voltige au-dessus de Saint-Jean.
Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :
Olivier Prime
www.primeolivier.e-monsite.com
Il y a quinze jours, l’air était si glacé
Qu’il faisait aussi froid qu’à l’Est, en Sibérie.
Au Sauze on était prêt ; on se réjouissait
De préparer ses skis : on allait s’amuser…
On est mi-février : il n’y a plus de neige !
Elle a été mangée par un printemps trop chaud
Envoyé bien trop tôt sur l’Ubaye, à l’assaut
Du froid, du gel nocturne. Et sur les pentes beiges
Errent fort tristement des skieurs désoeuvrés.
Ces espoirs engloutis, ces vacances fichues,
Cette douceur de l’air et ces montagnes nues…
Oh boudiou, quel gâchis ! On est désespéré !
Il n’y a rien à faire et l’on va redescendre
Vers Marseille ou vers Aix sans avoir pu skier !
La montagne est grisouille, et il faut oublier
Que pas un jour le ciel n’a voulu condescendre
A nous offrir enfin une bonne tempête !
Hélas, cet imbécile est bêtement tout bleu,
Le printemps prêt à rire et le beau temps radieux…
Mais ne seraient-ce pas trois flocons qui volètent ?
Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :
Charles-Ferdinand Caramano
(1829-1909)
Il était une fois au pied du mont Ventoux
Un tout petit mazet où vint vivre une fée
Qui dit être bergèr(e) ; personne ne savait
D’où venait la donzelle ; on en ignorait tout
Et c’était bien ainsi : mieux vaut ne pas savoir
Que son voisin parfois est quelqu’un de bizarre !
On attribua donc à un fâcheux hasard
Le fait que nul jamais ne s’en vienne la voir !
Semblant être vraiment tombée du haut des nues,
Elle était fort gentille, agréable et jolie ;
L’on ne lui reprochait qu’une seule folie :
Ne pouvant supporter que ses bêtes soient nues,
La pastro entêtée ne les tondait jamais !
Ce qu’on ne savait pas, c’est que cette manie
N’était pas anodine ! En cas de tragédie,
Les moutons de la fée devaient être bouclés…
Puis s’en vint un été torride et désastreux,
Tel que même les vieux n’en avaient jamais vu !
Un brasier gigantesque dévorant les nues
S’abattit sur la lande et y bouta le feu.
Tous pensaient donc mourir sous ce soleil abscons
Qui grillait, desséchait la nature et les hommes
Quand la fée réagit ; et elle était si bonne
Qu’elle n’hésita plus à dévoiler ses dons.
Elle changea alors ses moutons en nuages
D’un seul coup de baguette, pour y puiser la pluie :
Marmonnant quelques mots comme une litanie,
Elle les fit monter au-dessus du village
Où ils se déversèrent soudain en orage :
Des nuages-moutons tout à coup liquéfiés !
On acclama la fée. Mais elle se méfiait…
Et nul ne la vit plus jamais dans le village
Où jadis ses consoeurs n’avaient pas fait long feu.
On la pleura beaucoup ; on fut même vexé
Du manque de confiance et d’amour de la fée.
Et puis son souvenir s’effaça peu à peu.
Seuls quelques troubadours la célèbrent encore,
Mais ne dit-on pas d’eux que leur parole est d’or…
Pas de commentaire »

Poème illustré par une aquarelle de :
Christiane Prévost
www.christiane-prevost.com
Un gros soleil tout neuf aiguise ses rayons ;
En avril et en mai il fut fort maigrelet
Mais c’en est bien fini et il s’est requinqué ;
Il a l’air désormais d’un énorme ballon
Hérissé de lumière, et un typhon de feu
Déferle en tourbillons au coeur de la Provence.
Il y a quelques jours on vit comme une chance
Ce retour d’un été glorieux ; mais d’ici peu
Nous allons soupirer qu’il fait vraiment trop chaud,
Tant il est vrai qu’ici on passe en un instant
De la normalité aux excès les plus grands !
Depuis hier matin un coup de sirocco
Nous arrive du Sud ; son souffle meurtrier
Commence à défraîchir les roses toute neuves.
Puisse ce bel été ne pas être une épreuve,
En faisant du jardin un paillis desséché !
Mais dame Météo a ouï nos prières :
Dès demain, paraît-il, nous allons retrouver
La douceur inhérente au début de l’été.
N’y avait-il donc là qu’une erreur saisonnière ?
Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :
Pierre Bonnard
(1867-1947)
Tout au fond du jardin il est un amandier
Las et désabusé qui ne veut plus fleurir !
Il est vrai qu’il est vieux, que le moindre soupir
De la bise d’hiver semble le fatiguer.
Mais il n’a plus envie de se donner du mal
A recréer des fleurs ! L’air est trop pollué,
L’atmosphère alentour lui paraît trop viciée
Et le ciel de Provence est de plus en plus sale.
L’amandier tout tordu a vraiment le cafard.
Peut-être a-t-il besoin d’un bon litre d’engrais
Ou de quelques baisers sur son vieux tronc rapé ?
On a besoin de lui, mais n’est-il pas trop tard
Pour le voir s’éveiller en sa belle livrée ?
Le soleil s’y est mis : bombardant à foison
Notre récalcitrant de millions de rayons,
Il l’a encouragé et l’a réconforté.
Aujourd’hui le vieil arbre est le roi du jardin !
Une pure merveille, une boule de fleurs
Délicates et drues qui nous chauffent le coeur.
Voilé de blanc rosé, éclairant le matin,
Il a caché à tous ses branches dénudées
En les dissimulant sous ses légers pétales.
Il semble rajeuni au soleil qui s’étale
Et croît de jour en jour dans le ciel délavé.
Pas de commentaire »

Tout neuf, un bébé dort posé sur le divan :
Un nouvel arrivant au sein de la famille,
Un tout petit lutin grand comme une brindille,
Qui fait autant de bruit que tout un régiment
Dès qu’il a un peu faim. Pas plus de trois kilos,
Mais pesant tant d’amour qu’il fait bien une tonne !
Un bonhomme épatant et dont chacun s’étonne
Qu’il soit si bien fini, du bas jusques en haut.
Il a vingt petits doigts, minuscules sculptures,
Ne tenant encor rien mais crispés de douleur
Dès que son ventre est vide. Il clame avec ardeur
Qu’il veut boire la vie : un être de luxure
Ne songeant qu’au plaisir ! Sa peau est de velours,
Couverte de duvet sur son crâne allongé.
Un petit bout de chou, un joli marmouset
Que nous allons gaver d’énormément d’amour..
Pour Arthur – né le 7 février 2012 à 5h30
Gautier a ecrit : Bravo pour ce merveilleux poème ! Et cette photo est vraiment belle !
Pas de commentaire »

Heureux celui qui a un cafoutche* chez lui
Car il peut se targuer d’avoir beaucoup de chance !
C’est ce que, dans le Nord, on nomme cagibi,
Ou réduit… ou placard… Partout ailleurs en France
On pourrait s’en passer. Oui ! mais pas à Marseille
Où l’on y range tout ce qui pourrait traîner.
Tenez : j’y garde même un morceau du soleil
Perdu par l’astre-roi au mitan de juillet !
Mais ne le dites pas ! Je le ressortirai
Quand l’hiver reviendra investir notre ville !
Pour l’instant il y dort avec un tas d’objets
Tout de bric et de broc… Bric à brac qui s’empile
Dans ce désordre fou qu’on appelle un foutoir :
Vivres, malles, outils, meubles dépareillés,
Bouteilles de bon vin… Un énorme bazar
Dont on dit chaque jour qu’il faudrait le ranger !
C’est un cafoutche, quoi ! la pièce préférée
De moults Marseillais. Un vrai capharnaüm
Pour y mettre au rencart ce qu’on ne peut caser !
Savez-vous que le mien sent le cuir et les pommes ?
*Ce mot est passé dans le vocabulaire courant partout en Provence
Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :
Eugène Brouillard
(1870-1950)
Il est des jours très gris où le coeur est morose,
Où l’on ne pense plus qu’à la noirceur des choses
Qui affligent la vie ou qui l’ont attristée ;
Où l’on ne peut plus fuir les brumes du passé.
Ce sont ces jours de blues où l’on se sent soudain
Seul et comme étouffé par un morne chagrin ;
Un temps mélancolique où traîne la tristesse,
Tel un brouillard amer après un soir d’ivresse,
Où l’on ne songe plus qu’à la brièveté
De la vie d’êtres chers qui se sont en allés
Vers un monde lointain auquel on voudrait croire,
Et sans plus remâcher moultes idées trop noires.
Ce sont ces jours chagrins d’un triste temps qui passe,
Avec ces moments gris où toujours l’on ressasse
Des regrets, des remords, de défuntes envies…
C’est ce spleen entachant l’automne de la vie.
Pas de commentaire »
Publié par Vette dans Zooland

Oh ! mes pauvres amis, c’est la première fois
Que sans le faire exprès je vous fais du chagrin !
Je vous vois tous pleurer*, et mon âme de chien
Est vraiment tourmentée par votre désarroi.
Mais j’avais dix-sept ans et j’étais si usé
Que la Mort m’attendait depuis des mois déjà.
Ce n’était pas sérieux d’aller plus au-delà !
J’étais un grand vieillard que le Temps délabrait,
Me rendant sourd, aveugle ; et mes vieux os craquaient
De multiples douleurs qui me faisaient gémir ;
J’étais incontinent, et bien las de souffrir
De ma vieille carcasse usée et dégradée !
Mon corps se délitait d’une telle façon
Qu’il était vraiment temps que je me laisse aller.
Le chagrin vous déchire et j’en suis si navré
Que je vais sans tarder prendre une décision :
Mon âme va rester parmi vos Invisibles.
Je serai toujours là, discret et effacé ;
Comme vos dieux d’antan, je vais vous protéger
En restant au foyer sans y être visible.
Je serai près de vous. Et toujours généreux,
Mon bon gros coeur de chien débordant de bonté
Vous gardera sans cesse sans être intéressé.
Mon seul but maintenant c’est vous savoir heureux…
* Le 10 février 2012 – 10h30
Pas de commentaire »

Poème inspiré par un tableau de :
Michel Trapezaroff
www.trapezaroff.com
On est bien embêtés : il y a tant de neige
Qu’on ne peut plus ouvrir la porte du chalet ;
Car elle est si épaisse, il en est tant tombé
Qu’on se dit que janvier cette fois-ci galège !
Les vitres embuées à moitié obstruées
Ne laissent plus passer qu’une grise lumière !
Quelle étrange impression ! Et le monde au travers
N’est plus qu’un infini de blanc immaculé.
Il en est bien tombé un mètre dans la nuit !
Il va falloir creuser, nous frayer un chemin
Qui nous ramènera au monde des Humains.
Nous nous sentons bien seuls : nous ne sommes ici
Que deux petits points noirs dans une immensité.
Le silence est si fort qu’on entend nos coeurs battre ;
Mais il ne faut surtout pas qu’on se laisse abattre
Par la peur peu plausible d’être abandonnés !
Creusons, creusons encor pour nous désembourber
Et atteindre la route un peu plus accessible.
Toute drapée de blanc, la montagne est paisible
Sous son manteau laiteux… tellement désiré !
Un commentaire »

Poème illustré par un tableau de :
Michel Trapezaroff
www.trapezaroff.com
Jacassant à tue-tête, une pie obstinée
S’égosille au jardin. Il est encor très tôt
Et un matin bleuté grésille sur Allauch,
Souffrant depuis huit jours d’un été débridé.
On dirait cependant qu’il va faire plus frais !
Il y a même au ciel un unique nuage
Penchant impudemment au dessus du village
Son gros ventre dodu pour nous faire espérer…
Espérer de la pluie ? Pas au mois de juillet !
Peut-être un peu de vent s’il fait froid plus au Nord ?
Mais le soleil déjà fourbit ses flèches d’or
Pour nous les décocher méchamment, sans pitié.
On va vite arroser bien avant qu’il n’assèche
Les perles de rosée sur les fleurs du jardin
Où flotte très subtil le parfum du jasmin.
L’odeur de l’herbe humide est acide et bien fraîche
Car tout juste tondue hier soir vers huit heures.
Et ces effluves verts de thym, de romarin…
Oh ! quel moment exquis que ce petit matin
Encor frais, parfumé de zestes de bonheur !
Pas de commentaire »

Le ciel est terne et doux. Mais où sont donc passées
Les violentes couleurs des terres provençales ?
Une brume cendrée s’est tout entrelacée
Aux branches du cyprès dont parfois elle avale
La pointe suraiguë. Il n’a plus de sommet
Et sa cime estompée se perd dans le ciel gris.
Est-ce bien le printemps que ce temps délavé ?
Un paisible oiseau gris flotte sur le roulis
De la mer argentée flasque comme de l’huile
Et qui lèche en douceur les digues de la ville.
Léthargie vraiment rare en Méditerranée !
Le brouillard étouffant qui envahit les rues
Absorbe tous les bruits sous son voile ouaté.
Où s’en est donc allé le printemps revenu ?
Pas de commentaire »
|