Archives de l’auteur : Vette de Fonclare

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits "classiques", pratiquement tous voués à la Provence.

Noyade

Le soleil s’est noyé au large de Marseille.
Comme il avait trop chaud, il voulait rafraîchir
Ses rayons hérissés et sa face vermeille
Dans l’eau que l’aube argent commençait à blanchir.

La Méditerranée tellement attirante
Lui a ouvert ses flots ; le soleil a plongé,
Car comment résister à la fraîcheur tentante
De ce fluide indigo pouvant le soulager

De ce feu consumant sa divine matière
Et dont il était las ? Il a sauté du ciel.
Son plongeon  rugissant comme un coup de tonnerre
A fait bouillir les vague(s) ; un geyser torrentiel

A balayé la mer, escaladant les nues,
Et l’eau a bouillonné au loin jusqu’à Niollon.
Mais il s’en est voulu de l’idée saugrenue
Qui l’avait fait plonger, pesant comme du plomb,

Car la mer l’a étreint de ses noirs tentacules
Et, ne pouvant flotter, le soleil a coulé…
Depuis nous souffrons tous de ce saut ridicule
Et nous crevons de froid. En plein mois de juillet

Nous vivons un enfer. Il fait noir, tout est sombre ;
La glace envahit tout, mais la mer bout toujours !
Le grand ciel de l’été est dévoré par l’ombre.
Notre bon vieux soleil renaîtra-t-il un jour ?

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Ode à Marguerite

Marguerite aujourd’hui ne va pas bien du tout.
Cela ne se voit pas, mais elle est vraiment vieille,
Ce qui l’a fait trahir pas plus tard que la veille
Cette fidèle amie qu’elle emmenait partout

Et qui se fiait sans crainte à la sécurité
Attachée à son nom. La belle Marguerite
Méritait son renom ; elle allait être inscrite
Au Livre des Records pour sa bonne santé

Car malgré les années, jamais aucun ennui,
Jamais un seul pépin ! Toujours fidèle au poste,
Avec malgré les ans une sacrée riposte
A l’usure du temps. Jamais un seul souci !

Toujours fine et racée, elle avait un entrain
Que lui auraient envié pas mal d’autres championnes :
Le brio d’un bolide et l’ardeur d’une lionne
Que le temps voulait vaincre en s’acharnant. En vain…

Mais non loin de Marseille, elle a enfin cédé !
Un grand coup de chaleur l’a soudain envahie,
Et puis elle a fumé. La belle abasourdie
De se sentir si faible a bien dû concéder

Qu’elle avait fait son temps, puisqu’elle a  vingt-trois ans !
La reine des autos a dû rester sur place
A cause de la mort d’un vieux joint de culasse
Au cœur de son moteur sitôt agonisant.

Mais tu ne devrais point te faire du mouron :
L’on va te réparer, très chère Marguerite,
Même à grands coups d’euros, comme tu le mérites !
Et ton beau gros moteur va re-vrombir bien rond…

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Le ciel devenu fou

Le ciel du mois de juin est devenu cinglé,
Il gronde tous les jours presque partout en France.
L’on n’a jamais vu ça, comme ici en Provence
Qu’on ne reconnaît plus tant tout est déréglé !

Tous les soirs un orage : on se dirait vraiment
Transporté depuis peu là-bas sous les Tropiques !
Le soleil de l’été en devient pathétique,
Qui essaie de défier ces maudits éléments

Déchaînés contre lui : grêle, éclairs, pluie et vent !
Le temps est maintenant un grand imbroglio
Où tout est embrouillé en un méli-mélo
Impossible à prévoir. Un temps fort éprouvant

Pour nous qui attendions l’été impatiemment,
Un temps inqualifiable, un temps de fin du monde !
La Terre à bout de souffle est-elle toujours ronde ?
Nous qui en sommes tous par force les amants

Devrions désormais prudemment y veiller
Tant elle est en colère, et le Temps avec elle.
Il n’y a cette année presque pas d’hirondelles…
Peut-être faudrait-il vraiment nous réveiller ?

En attendant, le ciel est furieux chaque soir.
Nous devons essuyer moult et moultes tempêtes ;
Alors que tout devrait n’être que ris* et fêtes,
Ce début de l’été semble être un repoussoir.

Peut-être faudrait-t-il ne plus tant déconner ?
L’explosion de la foudre ébranle le village…
Alors déferle en nous, venu du fond des âges,
Sans qu’on n’y puisse rien, un trouble irraisonné.

* ris = rires, en vieux François !

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Un ruisseau de montagne

C’est un petit ruisseau qui coule tout là-haut,
Un tout petit ruisseau fait de trois gouttes d’eau ;
Un filet de cristal, une onde transparente
Sautillant hardiment en dévalant la pente

Et qui se prend vraiment, parfois, pour un torrent
Quant une grosse pluie renforce son courant.
Il est vraiment heureux dès qu’elle tambourine
Sur les prés verdoyants des pentes subalpines :

Elle le fortifie, c’est pour lui un nectar,
Elixir bienfaisant le boostant à l’instar
D’un vrai philtre magique. Il bouillonne et il mousse,
Gicle et crache à tous vents, accélère sa course

Pour rattraper en bas bien d’autres ruisselets,
Excités et cinglés comme lui même l’est,
Déboulant de concert de la Haute Provence
Pour retrouver enfin leur mère la Durance.

Mais dès juin, il est maigre et fait de gros efforts
Pour descendre la pente un peu plus loin encor,
Et encore et encor, car il est optimiste,
Attendant un orage pour se remettre en piste.

Pourtant le plus souvent c’est un tout petit ru
Qui joue en attendant une prochaine crue,
Minuscule rigole où flottent des brindilles,
Des brins d’herbe dansant sur son eau qui scintille.

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Un conte

Je vais vous raconter une fort belle histoire.
Où l’on parle d’amour et d’un très vieux château
Perché sur le Ventoux ; d’un joli damoiseau
Amoureux d’une dame à la beauté notoire ;

D’un orage effroyable au cœur d’une forêt ;
D’une biche aux doux yeux ; de la course éperdue,
Presque désespérée, d’une fille perdue
En plein milieu des bois ; d’un vieillard éploré ;

D’un gros gâteau aux noix où se cache une bague ;
D’un mauvais cuisinier et d’un vilain chasseur ;
D’un enfant de deux ans enlevé par sa sœur ;
D’un tout petit bateau et d’une énorme vague

Le posant doucement dans la cour du château ;
De dragons bienveillants ; de trois petites chattes ;
D’un coffre rempli d’or ; d’un canard à trois pattes
Et d’un brigand armé d’un énorme couteau…

Plein de péripéties et moult événements
A vous faire frémir, délicieusement !
N’est-ce pas, cher lecteur, que c’est vraiment facile ?
Qu’écrire un fabliau n’est pas bien difficile ?

Allez, faites-moi donc de tout ceci un conte
Puisque vous en avez tous les constituants !
Un tout petit boulot, vraiment pas très tuant !
Allez-y, mes amis ! Seul le suspense compte..

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Les voyageuses…

Sur la Touloubre en crue trois feuilles dodelinent,
Trois bateaux si légers qu’il paraît inouï
Que les eaux agitées n’aient point anéanti
Leur gracile châssis. L’une d’elles est violine,

La seconde orangée, la troisième incarnat :
Un fort joli trio qui descend la rivière
Dont les flots agités brimbalent la lumière
D’un été qui s’éteint. Non loin de Saint-Cannat,

Le ruisseau fait un coude et le flot ralentit.
En profitant alors, trois hôtes intrépides
Abordent les esquifs. Insectes trop stupides
Pour prévoir l’accident qui leur est garanti

Si le courant s’accroît ? Ce sont trois coccinelles
Du début de l’automne, et leur probable fin
Ne leur a point ôté cette éternelle faim
D’un Ailleurs inconnu. Leurs obscures ocelles

Bougent fort joliment au rythme fou de l’eau.
Vont-elles s’envoler de leur barque fragile,
S’estimant tout à coup beaucoup trop malhabiles
Pour rester accrochées à ce frêle rafiot ?

A l’entour de la mort, les feuilles ont senti
Qu’elles portaient la vie. Elles gagnent la rive,
Y déposent leur faix, puis filent sur l’eau vive,
Voguant vers le destin  leur étant imparti.

Posées sur un roseau, les jolies coccinelles
Se sont figées un temps juste au-dessus de l’eau
A contempler les feuilles voguant sur les flots
Qu’un ultime soleil émaille d’étincelles.

Puis, prenant leur envol, elles ont regagné
Ce monde merveilleux qui leur est assigné.

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L’au revoir à Lucas

Il était vif et gai comme un air de printemps.
Un gentil trublion, un petit chien si tendre
Qu’il captait  votre cœur ; qu’on ne pouvait prétendre
Echapper à son charme et sa grâce, d’autant

Que c’était un charmeur et qu’il savait y faire !
Minuscule coquin qui n’arrêtait jamais
De gambader partout, il savait enflammer
La maison la plus calme avec un bruit d’enfer.

Il était vif et gai comme un chien-libellule,
Essayant d’attraper au ciel un papillon,
Une feuille d’automne, un insecte, un rayon,
Un rien qui voletait, sa balle ou une bulle…

Et puis, devenu vieux, il a désiré voir
Comment était construit l’arrière de la lune.
Il a donc profité d’une chance opportune
Pour monter tout là-haut, après un au revoir

A celle qu’il aimait, sa si chère maîtresse.
Il craint qu’elle ne pleure : ils s’entendaient si bien !
Mais là-haut c’est un rêve, au Paradis des chiens…
Puisse cette pensée adoucir sa tristesse !

Dans le bout de jardin où il aimait courir
Les roses tristement ont pleuré leurs pétales.*
Bien qu’on soit au printemps le soleil est bien pâle…
Comment, un jour si gai, a-t-il donc pu mourir ?*

**Ces vers sont de Denis, qui s’associe au chagrin de Francine.

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