Archive de l'auteur

Josette Mercier
www.josettemercier.ch

Dans le combat contre ses frères :
Printemps, Automne, Eté,  l’Hiver
Vient de perdre et s’est retiré
Là-haut dans son Nord verglacé.

Au début l’on était content
Car le beau temps était constant,
Si ce n’est des pluies éphémères.
Le paysage était tout vert,

On n’allumait plus le chauffage,
On avait jeté les lainages…
Le mieux dans le meilleur des mondes
Où rien ne dévie ni ne gronde !

Mais peu à peu s’en vint l’ennui
D’être toujours au Paradis !
Plus de contrastes, plus d’à-coups,
Un temps trop mièvre et un peu flou

Dont l’unique rudesse est celle
De l’été, de ses étincelles
Sèches mais toujours supportables.
Vienne un gros froid, bien redoutable !

On s’est donc tourné vers les terres
Où s’était rencogné l’Hiver ;
Et tout de même un peu vexés,
On s’est tous traînés à ses pieds !

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Peut-être exténuées, les cigales se taisent
Quand prenant le relais sur un joli fa dièse,
Un grillon amoureux se met à striduler :
Son chant est harmonieux et beaucoup plus varié

Que celui de ses soeurs adeptes du soleil ;
Soleil qui s’est éteint, bien qu’une ombre vermeille
Teinte encor les sommets du côté de Salon.
Actionnant son archer, le tout petit grillon

Sort tout son répertoire et enchante la nuit.
Il fait tiède et il aime qu’il en soit ainsi,
Que l’air soit encor chaud car c’est un grand frileux…
Mais chut ! S’il vous détecte, un bond prodigieux

L’expédiera plus loin, du côté de l’étang.
Il chante un air aigu, harmonieux, et son chant
Porte chance, dit-on. C’est pourquoi les Chinois
L’élèvent, le gardant dans des cages de bois

Ouvragé et précieux, comme porte-bonheur !
Mais ils l’aiment aussi – on en frémit d’horreur !
Rissolé ou bien frit en guise de dessert.
Comment peut-on manger ce charmant orthoptère ?

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Geneviève Lagarde
www.genevievelagarde.artblog.fr

On se sent tout content, le coeur empli d’étoiles :
Le tout nouveau printemps vient de mettre à la voile
Pour s’en venir mouiller pas bien loin de chez nous
Et l’on est si heureux qu’on en est presque fou !

On a le coeur content, une chanson aux lèvres,
Et si ça continue, on va comme les chèvres
Bondir un peu partout pour exprimer sa joie.
On a le coeur content et la tête en émoi

Car ce printemps tout neuf filant de port en port
S’en va vite flanquer le triste hiver dehors
Pour enfin débarquer, jetant l’ancre à Carry,
Peignant en rose et blanc ses ronds-points surfleuris !

Naviguant et voguant de Martigues à Cassis,
De ses doigts de velours il efface le gris
Qui barbouillait la côte et polluait le ciel.
Avril le bourlingueur a déployé en aile

Sa grand’voile de vent et de soleil mêlés.
On se sent tout content et, le coeur étoilé,
On fête le beau temps en dansant sur la plage,
Sous la nue pommelée de très légers nuages.

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Agrippés à la pente on ne sait trop comment,
Des villages perchés sont suspendus au flanc
De la montagne abrupte et presque inaccessible.
Comment donc ont-ils fait ? Comment est-il possible

Que des Humains aient pu accrocher leur village
Sur ce versant pentu, si proche des nuages
Que son clocher aigu semble s’y arrimer,
Le coq rivé au ciel et la base au rocher ?

La vallée est riante et propice à la vie :
Pourquoi tous ces efforts ? Pourquoi avoir gravi
Ces pentes insensées pour ainsi s’y plaquer
En surplomb sur le vide ? Pourquoi tant endurer

Et s’installer ici, collés à la paroi
Au gris vertigineux ? D’où venait cet effroi
Qui les poussa alors vers un monde inhumain ?
Pour être à tout jamais au plus près du Divin ?

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Vincent Honnoré
http://honnore.peintre.free.fr

Marseille est terrassée par un été trop chaud
Mais le port est actif : un énorme bateau
Vient juste de vomir un grand flot de touristes.
Marseille entr’ouvre un oeil, prête à se mettre en piste

Car elle a reniflé l’odeur d’un bon argent…
Les étrangers sont là, foulant le quai brûlant
Où ils sont pris en charge, accueillis comme proies
Qu’on va bien chouchouter, tels des princes, des rois !

Et l’on fourbit ses armes de bric et de broc,
Sortant des affûtiaux, toutes les pendeloques
Qui tentent de cacher tout un tas de misères !
Or elles sont bien là, avec tags et poussière…

Mais Marseille est maligne : elle sait bien y faire
Et vend tout son fourbi, des horreurs dont l’Enfer
Ne s’encombrerait pas, même pour un tas d’or !
Marseille tond les gens, les trompe et les endort

Car elle est astucieuse et sait donner le change !
Les intrus sont contents et, ce qui est étrange,
C’est qu’ils ont l’air ravi d’avoir été roulés…
On peut se rendormir : tout a été parfait.

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Des algues bleues ondoient au fil du courant bleu,
Des algues friselant comme les longs cheveux
Des sirènes d’hier et dont le chant fatal
Attirait les marins voguant près du chenal.

Leurs volutes bouclées frémissent en dansant
Tout au long de la grève et au fil du courant
Qui va jusqu’au Cap Gris ; et des poissons d’argent
Pas plus grands que le doigt s’y faufilent en bans.

La Méditerranée qui oscille balance
Ses longues algues bleues aux flagelles qui dansent
Comme dansaient hier les sirènes létales
Attendant les marins noyés près du chenal.

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Dieda
www.dieda.over-blog.com

Une immense chaleur amollit mon cerveau !
Il va pourtant falloir que je trouve des mots
Pour décrire aujourd’hui ce que nous éprouvons !
Nous sommes hébétés et nous nous liquéfions

Dès que nous ébauchons un geste trop brutal.
La porte ouverte cède à un monde infernal,
Comme si brusquement une force impalpable,
Une énorme bouffée ardente et implacable

Se ruait au salon, prête à nous étouffer.
Nous connaissons le truc et tout est bien fermé :
Les volets sont tirés, on vit dans la pénombre
Et si l’on va dehors, on reste bien à l’ombre.

Jusqu’à trente degrés, ça va, c’est supportable !
Ici dans le Midi il est inéluctable
Que nous ayons très chaud au coeur du grand été ;
Mais aujourd’hui, vraiment, le trop est dépassé !

Ne remuons donc plus et mangeons une glace ;
Puis prenons une douche en attendant que passe
Cette soudaine et folle embardée du soleil.
Tiens ! Sais-tu que ton nez a viré au vermeil ?

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Josette Mercier
www.josettemercier.ch

Aujourd’hui une rose a fleuri au jardin,
Rose-thé, délicate et encor enroulée
Telle un bijou précieux du début de l’été,
Lavée par la rosée si fraîche du matin !

Puis elle s’est ouverte, à la fois forte et frêle
Sous les rayons en biais du soleil matinal,
Argentés et légers comme rais de cristal.
Ses pétales battants ressemblaient à des ailes ;

Elle paraissait lourde et penchait sous le poids
D’un tout petit bébé lové dans sa corolle.
Vous ne me croyez pas ? Croyez-vous qu’il est drôle
Que sans aucun respect vous vous gaussiez de moi ?

Car mon histoire est vraie ! Voyons : souvenez-vous !
Avez-vous oublié que les petites filles
Naissent au coeur des ros(es) dans toutes les familles ?
Quant aux petits garçons, ils naissent dans les choux !

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Pierre Labrecque
www.pierrelabrecque.com

Le roux est ta couleur, la douceur ta vertu ;
Même si quelquefois tu trépignes de rage
Et lances sur le Sud ces énormes orages
Qui laissent la Provence hagarde et abattue.

Tu caches bien ton jeu, tout comme le printemps :
Si la plupart du temps tu es toute joliesse
Et t’éteins lentement avec délicatesse,
Sachant être discret, même au triste moment

Où tu meurs pour laisser enfin régner l’hiver,
Tu sais être violent et laisse(s) en héritage
A décembre accouru une horde sauvage
De tempêtes, de pluie, de chagrin, de misères…

Tu caches bien ton jeu, tout comme le printemps ;
Le roux est ta couleur, la douceur ta vertu :
C’est du moins la figure que tu t’évertues
A nous laisser de toi avant le mauvais temps !

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Une première fleur s’est ouverte au jardin :
Un pissenlit costaud à l’allure arrogante
Qui a surgi tout seul au milieu de la menthe,
Du thym et du fenouil, du trèfle et du plantain.

C’est une herbe feuillue dont moultes vitamines
Pourraient ragaillardir maints pâles citadins
Et dont une assiettée donnerait bonne mine
Aux gens les plus chétifs du troupeau parisien

Car ses feuilles dentées parsemées de lardons
Sont les prémices verts du tout nouveau printemps ;
Une fleur de soleil dont les légers turions
S’envolent vers le ciel au souffle des enfants.

Mais il est affublé d’un nom bien dérisoire
Rappelant ses vertus : un nom diurétique !
Celui qu’il porte mieux et sans du tout déchoir ?
« Dents de lion » ! Tellement plus aristocratique…

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Josette Mercier
www.josettemercier.ch

Sur la plage dorée des silhouettes noires :
Sombres centaures peints sur l’horizon en feu,
Elles vont vers l’Ouest, piétinant l’onde bleue
Frissonnante et plissée par la brise du soir.

Les chevaux silencieux et las ne bronchent  pas
Dans le calme feutré de l’air lourd de l’été.
Ils marchent lentement sur le sable et leur pas
Concorde en harmonie ; ils semblent y danser.

Tout est paisible et doux ; seule la mer chuchote.
Les hommes se sont tus. Ils vont se balançant
Sans froisser les flots plats badigeonnés d’argent.
La Camargue s’endort sous le vent qui clapote.

Le crépuscule roux qui s’éteint peu à peu
Sombre au fond de la mer et les centaures fondent,
Dilués par la nuit et ses volutes bleues.
Le ciel est en velours et la lune y est ronde.

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Pat de Wallens
www.provence-online-shopping.com

Il fait moite et chaud. L’air est lourd
Avant l’orage du quinze août ;
Un ronflement lointain et sourd
Gronde d’ailleurs vers Garéoult.

Dans le salon vole une mouche.
Eloi s’en serait bien passé,
D’autant que la gredine louche
Sur le garçon exaspéré

Par ses avances agaçantes !
Rien à faire : elle part en vrille,
Empoisonnante et vrombissante,
Zinzibulant autour de lui

Malgré ses deux bras qui moulinent
Pour pouvoir s’en débarrasser.
C’est vraiment la pire coquine
De tous les bestions du quartier !

Parfois l’importune atterrit
Sur son nez, ce qui le dégoûte !
C’est une infernale chipie
Dont il rumine la déroute :

Il lui faut d’abord l’attirer
Vers la porte qu’il a ouverte,
Et d’un coup de torchon chasser
La satanée bestiole verte !

Ouf, c’est fini ! Elle est dehors…
Mais la revoici sur la vitre,
Lui flanquant presque des remords
Tant ses trois milliers d’yeux sont tristes !

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Philippe Paquet
www.expo.artactif.com

Des milliers de pieds piétinent en cadence :
Un ballet agité, une sorte de danse
Autour des treize mille et quatorze joueurs !
De la folie furieuse et une énorme ardeur

Pour la  sérieuse et gaie  Marseillaise à pétanque !
Délaissés les cafés, les plages, les calanques :
Un troupeau bon enfant de familles, d’amis
Se dirige en riant vers le parc Borély

Où cinq bons jours durant, du matin jusqu’au soir,
On s’en va communier en une grande foire !
Lancer le cochonnet, et pointer, et tirer :
Oui, monsieur ! C’est un sport ! Vous pouvez rigoler…

Quatre mille trois cent et soixant(e) huit équipes :
On est heureux déjà quand on y participe
Même si l’on est sûr d’en être blackboulé
Le temps d’une partie ! L’important, c’est d’aimer…

Quarante neuf années qu’on se passionne autant
Pour des boules d’acier, Et l’on est bien content
Que ça se passe ainsi au début de juillet :
L’un des premiers signaux du retour de l’été !

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Jean-Louis Honnet
www.galerie-mogador.com

Le fardeau accablant, oppressant de l’été
S’allège lentement car le soleil décroît.
La touffeur du mois d’août si lourde à supporter
S’est un peu adoucie ; et le ciel qui chatoie

A de tendres couleurs là-bas vers Figanières.
Les cigales éteignent leur criquètement
Alors qu’à l’horizon s’estompe la lumière
D’un jour beaucoup trop chaud et beaucoup trop pesant.

Demain nous serons mieux : le mistral est prévu
Qui s’en va dévaler du Nord jusqu’au Midi.
On l’attend, l’on respire et l’on ne bouge plus,
Allongés sagement sous le firmament gris

Où s’allument gaiement de petits points dorés.
Le soleil s’est couché, nous oubliant un peu :
Nous sommes enfin bien et il fait presque frais ;
Dans l’ombre fragmentée le jardin est tout bleu.

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Francis Jalibert
www.artmajeur.com/jalibert

Il est survenu d’un seul coup
Et s’est soudain jeté sur nous,
Comme affamé et plein de haine !
Hier encor on était en peine

Et l’on frissonnait dans le vent.
C’est ainsi chez nous : très souvent,
Le temps est fou et sans nuances ;
L’été s’abat sur la Provence

D’un seul coup comme un ravageur !
Alors qu’on était presqu’en pleurs
Deux jours avant sans les cigales,
Aujourd’hui l’on peste et l’on râle

Tant il fait chaud ! Et le cricri
Tant attendu est comme un cri
De victoire dans le jardin…
Et c’est tant mieux ! Et si l’on geint,

C’est qu’on est sot ! Vive l’été,
Même s’il nous fait transpirer
Et boire comme cent chameaux !
Tu n’as qu’à mettre ton chapeau…

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