Archive de l'auteur

Poème illustré par un dessin de :

Raymond Peynet
(1908-1999)

C’est un coeur d’artichaut, si chaud et si sensible
Qu’il se sent tout benêt dès que passe une belle ;
Les mélodies d’amour, les tendres ritournelles
L’émeuvent malgré lui ; c’en est presque risible !

C’est depuis le printemps qu’il ne résiste pas
A l’invincible attrait d’un trop joli visage.
Les filles le perturb(ent), il ne peut rester sage
Tant elles ont pour lui de délicieux appâts.

Aujourd’hui, c’est Manon : il la trouve adorable,
Songe même à mourir pour lui prouver sa flamme
En lui sacrifiant tout : son coeur, sa vie, son âme…
Mais qu’au moins une fois elle le trouve aimable

Et le remarque enfin ! Puis s’en vient Magali…
Il oublie la blondeur de son autre promise
Et ne voit plus soudain que la bouche en cerise
De la brune Arlésienne. Oh, qu’elle est donc jolie

Avec ses longs yeux noirs et ses boucles d’ébène !
Il a le coeur qui fond… Mais voici Marion
Qui pousse son vélo, ahanant tout au long
De la rue Bénezet. Sitôt il se démène

Pour l’aider de son mieux. De longs cheveux d’argent,
Des yeux couleur de mer, un derrière dodu :
Le voici de nouveau tous sens dessous dessus…
Il faut dire qu’Axel a tout juste quinze ans !

 

Comments Pas de commentaire »

C’est un arbre très vieux au fond du cimetière,
Qu’on planta vers l’an mil ; sa silhouette sombre
Ombrage depuis lors le royaume des ombres
Où son tronc torturé dressé vers la lumière

Lance vers le ciel bleu son feuillage éternel.
C’est l’arbre de la mort. A la mort du soleil,
Il est pourtant couvert des arilles vermeilles
Qui en ont fait l’aïeul des arbres de Noël,

Le parant de rubis pour accueillir l’hiver.
Mais lui-même est poison – sauf au coeur de ses fruits -
Toxique et vénéneux, qui cependant détruit
Les horribles rejets de l’immonde cancer !

Car s’il est venimeux, il est aussi sauveur :
Un remède-poison… Fait de mort et de vie,
C’est un arbre très vieux poussant non loin du Muy,
Et qui semble oublier que même les ifs meurent…

 

 

Comments Pas de commentaire »

www.leonor.unblog.fr

Viens ! Entre à la maison car elle est grande ouverte
A tous les coeurs en berne et tous les éclopés,
A tous ces chiens perdus qui errent sans collier,
Que leur maître a jetés par la porte entr’ouverte

D’une auto en maraude, et qui s’est éclipsé.
Viens ! Entre donc chez nous : il y a une place
Qui t’attend au logis. Ce n’est pas un palace
Mais on se serrera ! On saura bien t’aimer

Et te faire oublier le malheur qui t’accable.
Allons dans le jardin : le pot de l’amitié
Nous attend sous le pin. Tu vois, tout y est prêt
Car tu dois le savoir : le coeur est innombrable !

Nous parlerons de toi et de tous tes problèmes !
Le soleil revenu te fera chaud au coeur
Et nous pourrons parler d’espoir et de bonheur!
Mais il faut avant tout que tu saches qu’on t’aime.

Comments Pas de commentaire »

Si l’on pouvait un jour se nicher dans la poche
D’un kangourou géant, l’on pourrait oublier
Cette vie embrouillée qui est parfois si moche !
Redevenir petit et pouvoir se cacher

Non loin de son gros coeur, pour se laisser bercer
Au rythme de ses pas, au tempo de ses sauts,
Même s’ils sont brutaux, parfois désordonnés ;
Se savoir protégé dans un lieu doux et chaud,

Partout enveloppé d’une douce fourrure ;
Ressentir de très loin les bonds incohérents
D’une existence folle et quelquefois si dure ;
Etre bien cajolé, se sentir pleinement

Pris en charge et aimé comme un petit enfant ;
Etre un kangourounet tout au fond d’un pochon,
S’y sentir à l’abri de ces désagréments
Qui pourrissent l’Ici ! Comme dans un cocon,

Ignorant que la vie est pavée de misères !
Oh ! Combien sont heureux les petits kangourous
Plongeant sans coup férir la tête la première
Au creux de leur maman qui pare tous les coups.

Comments Pas de commentaire »

poème illustré par un tableau de :

Vera Pagava
(1907-1988)

Je suis doux et bouclé comme un tendre mouton
Et j’aime m’enrouler autour du corps bien rond
De ma jolie Emma. Quand elle sent le sel,
Juste après la baignade ! Elle essuie ses aisselles,

Ses jambes et ses bras… d’autres choses encore !
J’ai, comme dirait l’autre, une fonction en or !
Et puis elle m’étend sur le sable doré
Et se couche sur moi. Mon Dieu ! si vous saviez…

Voici bien des années que je vis ce servage
Et je vieillis pas mal, malgré tous les lavages.
J’étais bleu outremer, mais ma teinte qui passe
Est un brin délavée. Si ma couleur la lasse,

J’ai peur qu’elle me jette. Et le qu’en dira-ton
Dit que je pourrais bien me muer… en chiffon !
L’usure me détruit, j’ai du mal à survivre,
Mais vous m’imaginez, faisant briller les cuivres ?

Enfin, ça va encor : Emma n’est pas bêcheuse.
Elle aime ma douceur, la texture moelleuse
De mon coton épais. On va continuer
A aller à la mer pour s’y faire bronzer…

 

 

Comments Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :

Rodolphe Wytsman
(1869-1927)

L’automne aime la mort : elle est dans le convoi
Qui le suit pas à pas jusqu’au seuil de l’hiver ;
Age, usure et déclin, solitude et misère,
Qui ont l’air bien plus durs quand s’installe le froid,

Précèdent le cortège où des gouttes de pluie
Emperlent des couronnes de feuillage mort ;
Et la rendant plus rude un vent âpre distord
Cette marche maussade et qui semble infinie.

Quand verrons-nous le terme de la procession ?
Le défilé des jours chemine lentement
Sous les coups de boutoir du mistral triomphant
Qui entrave encor plus leur sombre progression ;

Cet automne est poussif ! Nous sommes obligés
De le suivre à son rythme ; aucune fantaisie
Dans sa morne avancée, dans son cours terne et gris
Qui va pendant trois mois tristement nous mener

A un hiver chagrin si dur à supporter.
La Provence se traîne, et un ciel brumasseux
L’incite à ressasser les lointains jours heureux.
Mais le temps nous entraîne et il faut avancer,

Assumant que l’automne n’en soit qu’au début
De sa lente ascension vers le mois de décembre.
De l’été d’autrefois ne restent que des cendres ;
Nos lointains souvenirs ne sont plus que rebut…

 

 

Comments Pas de commentaire »

Au Zoo de la Barben, il est une girafe
Aux grands yeux d’odalisque et au regard très doux ;
Une bête dolente et dont le fort long cou
Dessine sur le ciel un joli calligraphe.

Elle passe souvent au dessus du grillage
Son museau en triangle aux naseaux de velours,
Et sa tête penchée semble un fardeau trop lourd
Tant la dame africaine est affaiblie par l’âge.

On l’appelle Sophie comme son avatar,
Le jouet de latex qu’adorent les enfants ;
Tachée de blanc sur brun – ou bien de brun sur blanc !
Le curieux animal retient et accapare

L’attention de ses fans qui viennent pour la voir
De Salon, d’Avignon ou de plus loin encore.
Elle s’en moque bien, et de ses grands yeux d’or
Méprise ces humains violant son territoire.

 

 

Comments Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :

Laurence Malherbe
www.gecko-rouge.net

L’été est revenu et ses jours lumineux
Nous paraissent sans fin ; immuablement bleu,
Le ciel a oublié ce qu’était un nuage
Et l’on est tout content d’avoir tourné la page.

Il faudrait maintenant que notre cher soleil
Fasse de gros efforts : depuis peu à Marseille,
On recommence à voir des baigneurs sur les plages
Qui mettent à bronzer autant force que rage,

Car  ici nul n’a honte de trop dénuder
Son corps parfois bien fait, mais souvent trop replet ;
Et ces seins tout flapis, ces bedons étalés
Seraient bien plus jolis s’ils étaient mordorés !

L’astre-roi ne sait plus où donner de la tête ;
Il est si fatigué qu’une bonne trempette
Lui ferait un bien fou ! Mais ce n’est qu’à neuf heures
Qu’il pourra se plonger, pour son plus grand bonheur,

Tout là-bas, à l’ouest, derrière l’horizon.
Pour le moment, c’est vrai, ils perdent la raison,
Tous ces gens ne rêvant que d’être bien grillés,
Barbecuetés et frits, boucanés, rissolés !

Mais pour notre glouton, c’est un fameux festin
Que l’épiderme blanc de ces pauvres crétins
Qui vont vite saisir qu’à s’exposer ainsi
Ils jouent avec leur peau de joyeux ahuris !

Souffrir pour être beau, ruisseler de sueur,
Et rester immobile et des heure(s) et des heures…
Il est vrai qu’à Marseille on va devoir peler
Pour être enfin admis dans le Club des bronzés !

 

Comments Pas de commentaire »

Poème illustré par une aquarelle de :

Roger Gobron
(1899-1985)

Passer du gris au noir : il faut s’y résigner
Pour glisser lentement de l’automne à l’hiver.
Quelles tristes saisons ! Et qu’il est loin l’été,
Cet été à venir et cet été d’hier…

Les nuits sont infinies ; l’horizon est voilé
Et souvent le brouillard rend les lignes au loin
Indécises et floues. Tout est comme estompé.
Qu’il est morne ce temps où le ciel est conjoint

A la terre embrumée par une bande grise !
Virant de l’ocre au noir, les couleurs sont éteintes.
Tout est démesuré, le vent n’est plus que bise
Et les futurs beaux jours semblent être hors d’atteinte.

La Provence assoupie qui cherche son soleil
A perdu ses couleurs éclatantes et drues.
Un ciel opaque et gris est posé sur Marseille
Encor plus défraîchie quand le beau temps n’est plus.

Il lui faut de la vie, une intense lumière
Qui la pare et la baigne de vives couleurs.
Le printemps et l’été sont ses cache-misère.
Oh ! Revienne le temps qui rallonge les heures…

Comments Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :

Camille Pissaro
(1830-1904)

C’était un beau pichet qui avait bien cent ans :
Un pichet de Moustiers* fait d’antique faïence
Et presqu’une oeuvre d’art, comme on faisait antan.
Magali le tenait de sa grand’mère Hermance

Qui avait autrefois une faïencerie
Au centre de la ville. Elle en était très fière,
S’en servant aux beaux jours lorsque quelques amis
Ou ses frères et soeurs s’en venaient prendre un verre.

Las ! Un jour malheureux la pauvrette ébrécha
D’un geste maladroit la bordure du pot.
Pas grand’chose, vraiment : un tout petit éclat,
L’événement pourtant lui laissa le coeur gros,

Mais ceci n’était rien : le pichet le prit mal !
Désormais imparfait, il se crut outragé
Car il avait de lui une image idéale
Un brin démesurée ; il allait se venger !

Or donc à chaque fois que Magali voulut
Se servir de son pot, il se mit à baver
En inondant la nappe. Un jour elle reçut
Un jet en plein visage ! Elle en avait assez !

Mais le pire de tout ce fut quand le gredin,
Perdant toute mesure, crachota sur les pieds
Du maire du village, invité en voisin :
Il fit mine de rien mais partit ulcéré !

Magali réfléchit, puis ce fut décidé :
Pour qu’il ne puisse plus bouleverser les fêtes,
Et bien qu’il dût souffrir de sa sévérité,
Le pichet facétieux fut mis à la retraite !

Depuis il fait le beau derrière une vitrine.
Un exemple parfait pour l’art des faïenciers !
Et pour qu’il ait vraiment parfaite bonne mine,
On l’a fait pivoter pour cacher son secret :

Le fleuron de Moustiers est un peu esquinté !

 *Les faïences de Moustiers (Alpes de Haute-Provence) sont renommées depuis le XVII° siècle

 

Comments Pas de commentaire »

Des valves en plastique ; un morceau de tuyau
Rabouté à l’aorte : et pourtant tout ça bat
Et palpite et frémit et fait même des sauts
Quand l’émotion l’emporte ! Un coeur tout raplapla

Devenu un champion tant il remarche bien !
Un coeur fort mal en point qu’on a raccommodé ;
Un coeur au bout du bout qui ne demandait rien
Qu’a vivre encor un peu et à continuer…

Mais quel drôle d’effet cela peut-il bien faire
De se dire qu’on a, niché dans la poitrine,
Un truc rapetassé ? Quelle curieuse affaire !
Un coeur rafistolé qui peut tomber en ruines

Si ces bouts de rilsan ont été mal cousus !
Enfin… c’est ça, la vie ! Advienne que pourra !
Est-ce vrai qu’il était vraiment si mal fichu,
Ce coeur à l’agonie? Pour le moment il bat…

Oh ! Regardez dehors ce frelon qui lutine
Une fleur toute neuve ! Il y a des brins verts
Qui piquettent le sol. Et un oiseau tintine
Dans le figuier, là-bas…Voici le grand mystère

De la vie qui renaît. Et le coeur rapiécé
A mis au diapason ses nouveaux battements ;
Reparti pour un tour, il est tout requinqué !
Renouveau au jardin et printemps au dedans…

« Bonjour,
Nous vous remercions
d’une part de l’intérêt que vous portez à la Fédération Française de Cardiologie
et d’autre part pour votre beau poème, qui est un hymne à la
vie.
Bien
cordialement, »

Frédéric
Dubus Duparloir (au nom de toute
l’équipe)
Maison du Coeur
Fédération Française de
Cardiologie

 

Comments Pas de commentaire »

Poème illustré par un tableau de :

Jacques Testa
www.tableaux-testa.net

On n’a pas l’habitude ! Il a tellement plu
Depuis le mois de mars que chez nous tout est vert.
L’eau cascade partout et des rious en crue
Inondent la garrigue en détrempant la terre.

Ceci n’est pas du tout une pluie provençale !
Ca tombe incessamment et opiniâtrement
En traits bien réguliers : un rideau vertical
Qui n’arrête jamais et chuinte doucement.

Le terrain est spongieux : c’est inhabituel
En ce coin du Midi si sec et si aride !
Une gadoue collante et gluante où ruisselle
L’eau ininterrompue ; et une odeur fétide

De boue nauséabonde envahit les sous-bois.
Depuis combien de jours, depuis combien de nuits
Pleut-il ainsi, dis-moi ? La Provence aux abois,
Toute grise et mouillée sous son ciel alangui,

Se pose des questions : est-ce un nouveau déluge
Envoyé par le Ciel pour lui faire payer
Trop de douceur de vivre ? Elle était un refuge
Avec son doux climat, et on nous l’a noyée…

 

 

Comments Pas de commentaire »

Huit avions dans le ciel qui piquent en diamant
- Ainsi qu’il faut le dire en Aéronautique !
Une flèche hurlante, un V acrobatique
Labourant les nuées d’un long sillon d’argent.

Salon* est fière d’eux, elle qui est le nid
De ces vastes oiseaux à la fine envergure.
Ils esquissent là-haut de sublimes figures
Dessinant sur le ciel des schémas inouïs.

Mais comment font-ils donc pour ne pas se toucher ?
Et cet affreux boucan… Comme un coup de tonnerre
Eclatant tout à coup dans l’azur pur et clair !
On a le coeur qui bat rien qu’en voyant filer

Ces pilotes parfaits parfaitement rodés !
De grands oiseaux de proie, effilés, dont les ailes
Laissent un long sillage imprimé sur le ciel :
Surhommes survolant le pays Salonnais…

* La PAF est à Salon depuis 1937

 

Comments Pas de commentaire »

Poème illustré par :

Malepère
www.galerie-peintures.com

Oui ! S’il n’en reste qu’un, il* sera celui-là :
Le dernier à l’attendre et à la désirer,
Cette garce de neige, ardemment espérée
Par ces skieurs accros complètement fanas

Et dont le coeur palpite au tout premier flocon !
Quand la couche escomptée sera assez épaisse,
Ils vont tous déferler vers leurs chers tire-fesses
Du fin-fond de Marseille et autres lieux abscons !

Ils vont tout lui salir, l’embêter sans arrêt !
« Oh ! monsieur le Concierge, il y a une fuite !
L’ascenseur est en panne ! Pourriez-vous tout de suite
Me montrer dans l’appart où sont les robinets ? »

Enchastrayes est en paix depuis la mi-septembre !
Et l’hiver est si beau qu’il serait épatant
Sans ces foutus raseurs que sont tous ces clients…
Mais ce sera l’horreur dès le mois de décembre

Quand ils vont envahir son immeuble nickel !
Ces saletés partout, ce manque de respect,
Ces folles cavalcades dans les escaliers !
Oh là là ! S’il pouvait s’enfuir à tire-d’aile

Vers ces pays lointains où c’est toujours l’été…
Oublier les skieurs, ce tintouin, le ménage,
Ces gens désobligeants et ce remue-ménage !
Broyant pas mal de noir, il s’est mis à rêver…

*Pour Gérard M.

 

 

Comments Pas de commentaire »

Dans une grotte du Chiran
Vit une belle dame blanche,
Au noir pays des avalanches,
De la brume grise et du vent…

Elle est mélancolique et pâle ;
Une grande et mince sylphide,
Avec de longues mains livides
- Couleur de mort, couleur d’opale -

Qu’elle secoue de temps en temps
Au-dessus de la vallée morte :
Des plumes que la bise emporte
Volettent alors en valsant,

Puis se posent sur le sol gris.
Mais la dame est fort capricieuse,
Et lorsqu’elle est d’humeur boudeuse,
D’un coeur trop léger elle oublie

Que, si l’hiver lui prête vie,
C’est pour créer ce sortilège.
Dame du froid, reine des neiges,
Il te faut donc et à tout prix,

En te faisant aider du froid,
Couvrir de ta manne sacrée
Le sol ingrat de la vallée
Dont l’hiver doit être le roi.

Nous attendons le vol ailé
De tes flocons qui, en dansant,
Piquettent l’air de points d’argent.
Tu ne peux nous abandonner…

 

 

Comments Pas de commentaire »