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Le vieil escalier

Poème inspiré par un tableau de :

Rodrigue Daigle
www.rodriguedaigle.com

Le printemps a fleuri le très vieil escalier.
C’est dans ses joints moussus qu’incongrus y explosent
De jolis bouquets bleus étincelés de rose
Par le soleil tout neuf ; des graines incrustées,

Qui squattent le ciment délité par le temps,
Ont germé en douceur sur ses très vieilles marches
Incurvées au milieu, dures à la démarche
De qui est trop pressé et monte en se hâtant.

Doré par les rayons du soleil matinal,
Il donne sur l’Eglise et n’est plus emprunté
Que par de vieilles gens aux petits pas comptés,
Forçant à l’exercice un vieux corps tout bancal.

Agrippés à la rampe, ils font bien attention
A ne pas écraser ces jolies fleurs bleutées
Qui leur sont inconnues : essences transportées
Peut-être d’au-delà du froid septentrion ?

Mais ils sont peu nombreux, et le vieil escalier
N’est souvent qu’un décor couru par les touristes.
Il serait moins joli et sans doute un peu triste
Sans ces bouquets de ciel sur ses marches ocrées.

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Le gîte

Poème illustré par :

Rodrigue Daigle
www.rodriguedaigle.com

Ils sont arrivés tout fourbus
Après dix heures de voiture !
Tout contents d’avoir retenu
Une chambre au gîte Lémure

A Ventabren, sans rien connaître
Du patelin. Au pifomètre !
Et ils sont restés subjugués
Par le charme du vieux mazet :

Des pierres rousses et chenues,
Un grand escalier tout tordu
Qui semblait monter vers le ciel,
Des fleurs partout, flot torrentiel

De couleurs ruisselant des jarres.
Il faisait frais, il était tard…
Ils étaient heureux d’être là,
Plus de route ni de tracas,

Enfin le but ! Ils ont sonné :
Sourire tendre et édenté,
Une vieille femme a paru,
Qui marchait tout trotte-menu.

Mais la dame était une fée
Ensorcelant les inconnus.
Elle les a laissés entrer :
On ne les a plus jamais vus…

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Une ville idéale

Poème illustré par :

Rodrigue Daigle
www.rodriguedaigle.com

En son centre un torrent assagi sous son pont
Aux arcades ocrées qui date des Romains ;
Des venelles usées et d’antiques maisons
Sentant bon l’encaustique aux effluves de pin ;

Des fleurs dégoulinant de jarres rebondies
Et du linge-étendard à jamais suspendu ;
Un lourd silence épais pesant l’après-midi
Comme une chape bleue au plus profond des rues ;

Des fenêtres fermées au grand soleil d’ici ;
Des volets entr’ouverts badigeonnés de bleu
Pour mieux en éloigner les insectes honnis ,
Les mouches vrombissant qui infestent les lieux ;

Des calades tordues pavées de pierres rousses
Dévalant la colline à marches que veux-tu ;
Les ruines d’un château tout mangé par la mousse
D’où le regard se perd jusqu’à perte de vue :

Voici comme je vois ma cité provençale,
A peine enjolivée et presque réaliste,
Dont certains me diront qu’elle est trop idéale.
Mais c’est ainsi qu’elle est au coeur de maints artistes.

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Les canetons

                                                                                                                      

 Poème illustré par :

Rodrigue Daigle
http://www.rodriguedaigle.com

Vivront-ils la mort de l’étang
Que la mer grignote en silence,
Rongeant le sol, rongeant le temps,
Rongeant ces confins de Provence

Où la mer se mêle à la terre ?
Les canetons s’en soucient peu ;
Flûtant et appelant leur mère,
Ils farfouillent la lie bleue

De leur petit bec en spatule.
Ce sont des boules emplumées
Qui clapotent. L’eau qui ridule
Les cahote sur le marais.

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Recette d’hiver

 

Poème illustré par :

Rodrigue Daigle
http://www.rodriguedaigle.com

Le voulez-vous âpre ou doux ?
C’est une question de goût :
S’il est doux, il est pluvieux
Et s’il est âpre il se peut

Qu’il y ait beaucoup de vent !
La recette maintenant :
Pour deux ou trois jours glacés
Vous pelant la peau du nez,

Mettez beaucoup de mistral,
Un bon froid mettant à mal
Les dernières fleurs en vie,
Et un soleil tout flapi

Caché au fin-fond du ciel
Tout pétrifié par le gel ;
Puis ensuite un bon redoux
Avec de la neige au bout !

Vous l’aimez un peu plus tiède ?
Il n’existe qu’un remède :
De la brume et de la pluie !
Vous n’en êtes pas ravi,

Vous n’êtes pas alléché ?
Alors il vous faut chercher
Une recette typique
Dans un pays exotique …

Ou alors vous hibernez
Pour mieux attendre l’été !

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Forêt d’hiver

Poème illustré par un tableau de :

Rodrigue Daigle
http://www.rodriguedaigle.com

On n’y croyait plus trop, mais la neige est tombée
Cette nuit de Noël, comme le vol feutré
D’un grand oiseau tout blanc pour nous presqu’inconnu,
Que depuis des années nous n’espérions plus.

Au coeur de la forêt des branches sont cassées
Car le bois est trop sec pour pouvoir supporter
Ce manteau trop épais. Le ciel est bleu marine,
Les pins sont ouatés d’une résille platine,

Et la neige encor vierge assourdit tous les bruits.
La lumière qui mange et étouffe la nuit
Monte de l’horizon et pleut en rais d’argent

Sur les branches chenues. Des bribes de l’automne
Sont restées accrochées – du roux sur tout ce blanc !
Déposant sur le sol des ombres un peu jaunes.

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Premières heures

Poème illustré par un tableau de :

Rodrigue Daigle
http://www.rodriguedaigle.com

C’est un agréable matin,
Et comme toujours en Provence
Quand le mois d’avril entre en danse,
Il est frisquet et très serein.

Le silence y est si profond
Qu’en tendant bien fort son oreille
On pourrait ouïr le soleil
Aiguisant ses premiers rayons !

Plus un chat n’erre dans la rue
Car ils sont tous rentrés au gîte,
En tapinois, très chattemites,
Séducteurs qui n’en peuvent plus !

La lumière est fine et très pure,
Et en grésillant elle bruine
Sur les toitures grenadine.
Oh ! Pourvu que ce printemps dure …

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Romance

Poème illustré par un tableau de :

Rodrigue Daigle
http://www.rodriguedaigle.com

Prenons le temps de regarder,
De bien sentir et de goûter
Le soir qui tombe en soupirant
Sur la mer piquetée d’argent.

La table est rond(e), ronde est la lune.
Le champagne est frais qui allume
Au fond de tes yeux des chansons.
Des lucioles tournent en rond

Autour de la flamme tremblante
D’une bougie si vacillante
Qu’elle va s’éteindre sous peu.
Et nous restons là tous les deux

Seuls face à la mer qui balance
Ses vagues violacées qui dansent
Et qui se plissent sous le vent.
Il fait frais, rentrons maintenant !

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Aimer…

 

 

Poème illustré par un tableau de :

Rodrigue Daigle
http://www.rodriguedaigle.com 

En été, dès six heures, aller dans le jardin
Pour en humer l’odeur fraîche et revigorante,
Froisser entre ses doigts trois tiges de jasmin,
Puis ouvrir grands ses yeux sur l’aurore naissante.

Savourer le soleil qui grésille et qui fond
En rayons tout dorés mais encor supportables,
Retourner doucement un gros insecte rond
Qui tombé sur le dos gigote, lamentable.

Et puis aller marcher dans la garrigue bleue,
Y cueillir quelques fleurs qui embaument si bon
Qu’on se sent presque saoul, intensément heureux.
Dans le ciel un oiseau plonge en tournant en rond.

Des couleurs, et du vent, des plantes qui frémissent
Dans la lumière argent qui vous blesse les yeux,
Le chant d’un cigalon qui stridule et qui crisse,
L’éclat presque pesant d’un ciel presque trop bleu.

Puis soudain un orage et les nuées qui craquent
En déchirant en deux le ciel qui s’exaspère,
La pluie qui se déverse en torrents et qui claque
Sur les vieux chênes gris, mais soudain bien plus verts.

Plus loin une tempête où l’eau se désagrège
Tout en giflant le ciel griffé de flammes rousses.
La tornade rugit. Et là-bas un cortège
De lourds nuages noirs venant à la rescousse.

Une Nature folle , une Nature affable,
De l’âpre et de l’amer et du doux emmêlés,
Du sauvage et du tendre, et puis du délectable
Qui vous poignent le coeur : on ne peut que l’aimer.

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Venelles provençales

 

Poème illustré par un tableau de :

Rodrigue Daigle
www.rodriguedaigle.com

Il y fait sombre, il y fait frais
Quand l’été fou fait des ravages
Sur la garrigue desséchée.
On est si bien dans le village

Au creux de ces venelles sombres
Creusées comme d’étroits tunnels,
Dallées d’Histoire et de pénombre
Où le soleil se fait tout miel !

Elles sont étroites, sinuent
Sans trottoir. Seule une rigole
Rassemble l’eau et y dilue
La poussière dorée qui vole

Lorsqu’il y fait longtemps trop chaud
Et trop sec au coeur de l’été.
C’est un rêve pour les minots
Quand on arrose les pavés :

Il s’y s’ébrouent avec des cris
Sous le jet qui les éclabousse,
Ils s’égosillent, ils braient, ils rient
Comme des pigeonneaux qui gloussent.

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