La robe

Cela faisait un mois que Laura attendait
Que le soleil soit là pour étrenner sa robe.
Elle n’en pouvait plus qu’il fuie et se dérobe ;
Mauvais temps obstiné la faisant trépigner !

Pourtant quelle merveille et quel ravissement
Que ce froufrou léger cousu exprès pour elle ;
En tissu liberty, avec deux sortes d’ailes,
Qui la tranformerait en agent du printemps.

Oui, mais il faisait froid depuis le mois de mars.
Ce délicat brouillard de tissu aérien
Etait trop transparent et surtout bien trop fin
Pour sortir par temps gris. Une sorte de crasse

Embrumait le Midi d’un voile pollué.
La robe gisait donc tout au fond d’un placard,
Flasque comme une loque, et trop loin des regards
Pour la jolie Laura qu’un rien exaspérait…

Une fille trop gâtée, que la moindre broutille
Pouvait mettre en colère et qui voulait dompter,
Et le temps, et le ciel, aucun de ses souhaits
Ne pouvant être pris comme simple vétille…

Quand il fit enfin beau, elle avait désappris
Cette si jolie robe attendant le printemps ;
Ne pouvant supporter que, même un court instant,
Le temps ne se plie pas à toutes ses lubies.

 

À propos de Vette de Fonclare

Professeur de lettres retraitée, a créé un site de poèmes dits « classiques », pratiquement tous voués à la Provence.

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